22/01/2010
La TaChE
La tache, Philip Roth, Folio, 2004, p. 224-225
Alf
01/12/2009
La légèreté d'un livre, le poids des plumes!
"Mais la pesanteur est-elle vraiment atroce et belle la légèreté?
Le plus lourd fardeau nous écrase, nous fait ployer sous lui, nous presse contre le sol. Mais dans la poésie amoureuse de tous les siècles, la femme désire recevoir le fardeau du corps mâle. Le plus lourd fardeau est donc en même temps l'image du plus intense accomplissement vital. Plus lourd est le fardeau, plus notre vie est proche de la terre, et plus elle est réelle et vraie.
" Mais était-ce l'amour? Il s'était persuadé qu'il voulait mourir à côté d'elle, et ce sentiment était manifestement excessif: il la voyait alors pour la deuxième fois de sa vie! N'était-ce pas plutôt la réaction hystérique d'un homme qui, comprenant en son for intérieur son inaptitude à l'amour, commençait à se jouer à lui-même la comédie de l'amour? En même temps, son subconscient était si lâche qu'il choisissait pour sa comédie cette pauvre serveuse de province qui n'avait pratiquement aucune chance d'entrer dans sa vie! [...]
Il s'accablait de reproches, mais il finit par se dire que c'était bien normal qu'il ne sût pas ce qu'il voulait:
L'homme ne peut jamais savoir ce qu'il faut vouloir car il n'a qu'une vie et il ne peut ni la comparer à des vies antérieures ni la rectifier dans des vies ultérieures."
Milan Kundera, "l'insoutenable légèreté de l'être".
Lug
19/11/2009
Le français est un cultivateur !
Je parle bien sûr de la Grande Question Nationale, c'est quoi pour vous être français?
J'ai ma ptite piste personnelle de réponse, et voilà la modeste participation que j'ai envoyée sur le site du Grand Débat.
Où nos gouvernants attendent avec beaucoup d'attention nos opinions!
Ah si si c'est très sérieux citoyen!!
Être français c'est parfois être con, monsieur Besson,
Mais aussi c'est aller à la piscine municipale de la République française, c'est aller faire ses courses à franprix ou casino, c'est souvent essayer de se balancer sur les bancs de l'école avant de bosser dans une "boite" en attendant la retraite, c'est sortir entre amis, c'est se faire des amis, c'est envoyer chier des français qui nous pompent l'air, c'est respirer de l'air français, c'est avoir les yeux qui piquent quand on voit Eric Besson, c'est voter sarko, c'est dire :"merde putain chiottes" avec autant de nonchalance que "liberté égalité fraternité", c'est le dire aussi avec autant de conviction, c'est avoir l'eau courante, c'est toucher les Assedic, c'est s'arrêter devant les panneaux STOP, c'est au moins espérer ne pas être pris par des hommes en bleu, c'est avoir les mains baladeuses, c'est s'appeler Thierry Henri, c'est manger des nems, de la blanquette, un big mac, une pizza à l'ananas, de toute façon c'est manger, c'est devenir fou, c'est trouver amusant de dire "mou du g'nou", c'est être mou du genou, c'est regarder des films en français qui n'auraient jamais du être traduits, c'est aller chez le doc' pour pas cher, c'est s'faire enpuber par Narta et Fleury Michon, c'est ne pas avoir de papiers, c'est participer à tournez manège, c'est avoir des regrets, c'est écrire des livres, c'est saisir l'écran plat des endettés, c'est être endetté, c'est aussi être pété de fric à plus savoir qu'en faire, c'est tomber malade, c'est aller aux toilettes, c'est ne pas aimer le fromage de chèvre, c'est avoir un élevage de gerbille, c'est faire l'amour de temps en temps, c'est faire ses devoirs quand on a 12 ans, c'est pouvoir être un enfant, c'est dire ils quand elle est là, c'est faire des blagues sur les belges tellement on s'en sent proche, c'est être nihiliste, c'est avoir des croyances qui nous interdisent le Parisien (french ham-cheese-burger), c'est détester les courgettes, c'est aimer les radis, c'est croire que les courgettes ont une âme, c'est être triste, c'est avoir des voisins, c'est donner à manger à son chien, c'est se balader sur les bords du Rhin, c'est rire jaune à de l'humour noir, c'est habiter une ville jumelée avec une autre où habite un mec qui se demande ce que ça veut dire pour lui être allemand, c'est avoir envie de partir en vacances, c'est être heureux, c'est avoir peur de l'eau, c'est s'acheter un jean, c'est avoir froid vers novembre et jusqu'à mars, c'est savoir que les profs sont juilletistes, et aoûtiens, c'est être en prison, c'est être timide, c'est trouver ridicule de dire "vous fussiez", c'est surtout ne jamais le dire, c'est pleurer quand on a mal, c'est être ou avoir été enfant, c'est espérer devenir vieux ou regretter de l'être, c'est avoir de lunettes, c'est courir vite, c'est n'avoir qu'une vague idée de la démocratie, c'est tomber amoureux, c'est surfez sur internet ou à Teahupoo, c'est avoir son guignol sur Canal+, c'est écouter de la musique, c'est faire son lit, c'est pas avoir de lit, c'est utiliser le correcteur d'orthographe pour écrire français avec la cédille
??!
(c'est mettre un point d'interrogation quand c'est une question? C'est en mettre deux avec un point d'exclamation quand on est un djeun et qu'on est trop perturbé par la vie??!!!)
C'est Tout!
C'est Rien!
C'est cultiver son Jardin...
(Dans un territoire. Bien mal acquis...ou pas)
Lug
10/10/2009
Tendre EsT La NuiT
_Ah! ça, on dirait une vraie folle! s'écria Mr. McKisco, avec un mépris appuyé.
Mais il se tourna aussitôt vers Mr. Dumphry et le señor Campion.
_Oh! pardon...
Cette histoire de short enchantait Rosemary. Elle était d'une telle naïveté que la fastueuse simplicité des Diver la touchait au coeur, incapable encore d'en saisir la complexité, le manque absolu d'innocence, incapable de deviner qu'il s'agissait pour eux d'un choix de qualité, dans le clinquant de l'univers , et que cette assurance, cette simplicité, cette ouverture d'esprit, presque enfantine en apparence, la façon qu'ils avaient d'exagérer les qualités les plus banales, faisaient partie d'un marchandage désespéré avec les dieux, et n'avaient été obtenus qu'à la suite de violents conflits, qu'elle ne pouvait pas soupçonner. Pour elle, à cet instant précis, les Diver représentaient le modèle le plus achevé d'une certaine classe sociale, et la plupart des gens lui semblaient lourds et maladroits à côté d'eux.
C'est que la notion même de qualité commençait à changer pour elle, sans qu'elle en ait encore conscience."
Tendre est la nuit, Francis Scott Fitzgerald, Livre de poche, 2008, p.37
Alf
13/09/2009
Celle qui était claustro de la semaine
parce qu'ils voient venir le lundi
et le mardi, et le mercredi, et le jeudi, et le vendredi
et le samedi
et le dimanche après-midi."
Jacques Prévert, Paroles, Folio, 2007, "Tentative de description d'un dîner de têtes à Paris-France", p.16.
D. est venue me voir hier. J'étais dans la cuisine, lieu ô combien propice aux confidences névrotiques. En fait, j'aime romancer mais je pense qu'elle venait plutôt voir le frigidaire. Bref, quoiqu'il en soit, elle s'est assise, pensive. Et pis elle a dit: "Ça va
pas du tout là, je me sens prisonnière de la semaine, c'est angoissant quand on y pense, on peut pas sortir de la semaine quoi! Ça tourne en rond, tu peux toujours essayer, t'es complètement enfermé dans la semaine, lundi, mardi, c'est un éternel recommencement, mercredi, jeudi, je crois que je suis claustro de la semaine. Pourquoi on appelle un jour vendredi ou samedi, pourquoi on l'appelle pas seulement un jour, un instant furtif qui passe, on se sentirait beaucoup moins enfermé, un peu plus libre. "
Le jeune L., qui passait par-là, a décidé d'un air dubitatif qu'il en parlerait à son psy.
Sur ce, bon dimanche!
Alf
04/08/2009
On ThE rOaD
Neal Cassidy and Jack KerouacJack Kerouac, Sur la route, Folio, 1976, p. 21.
Alf
10/04/2009
Les gens casqués
Camus citant Nietzsche dans Le mythe de Sisyphe.
Les gens casqués sont une espèce d'humains en voie constante d'augmentation dans notre société développée et florissante (malgré la criiise!). Ils sévissent dans les lieux publics, dans les transports en commun, dans la rue, dans le monde, et ont la particularité d'être pourvus d'une sorte de casque soigneusement disposée sur leur crâne. Curieux, me dites vous? Que nenni je réponds, permettez-moi du peu, ils écoutent de la musique... Leurs gros casques sont en fait une arme de destruction massive permettant de signaler implicitement à la populace hasardant dans leur périmètre de sécurité: "Il y a ma musique et moi, le reste du monde n'existe pas, ou si peu, et surtout, toi là, oui toi, l'inconnu, l'étranger, surtout, ne m'adresse pas la parole."
Ça fait vieille conne de dire ça, ça fait old school? J'assume.
Cette machine, et tant d'autres, est une perversion qui pousse à la séparation d'avec le monde...
Comment peut-on trouver ça normal?
Je refuse, je lance le collectif des gens-qui-font-rien-dans-le-train-et-qui-sont-contents!
Plus de casque, plus de Gavalda, plus de 20min, plus de téléphone, on sourit, on se parle.
T'as pas envie de parler, t'es fatigué? Je sais, moi aussi. Ce que je demande, non, ce que j'ordonne ( ce blog est mon espace égoïste et égocentrique), c'est juste que t'es l'air en vie, que tu sois réceptif à ce qui se passe autour de toi.
Le moyen de transport en commun, qui permet en commun d'aller d'un point à un autre point, ne serait plus ce mauvais moment à passer, ce moyen "faute de mieux", parce que, bah oui, c'est bête, on peut pas toujours utiliser la voiture (individuelle, elle). Il deviendrait Le moment, celui de l'ouverture au monde. Je ne te demande pas de parler avec ton voisin.
La parole n'est pas le seul moyen de communiquer...
Alf